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Santé

Étude réalisée par Brigitte Gautron


Étude réalisée par Brigitte Gautron et Annie Michel

Valorisation par Mme Michèle Rocher dans Travail & Sécurité

Photographe : M. Bernard Floret, Travail & Sécurité-INRS

Cet article, publié dans le magazine Travail & Sécurité, mai 1998 (no 572), est rédigé par Mmes Michèle Rocher, ergonome à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) de Paris, en collaboration avec Mmes Brigitte Gautron et Annie Michel, ergonomes, délégation aux conditions de travail (DACT) de l'Assistance publique hôpitaux de Paris (AP-HP).

La chronique internationale présente des articles provenant d'intervenants ou de chercheurs d'autres pays. En ouvrant nos pages à des auteurs provenant de l'étranger, nous souhaitons faire profiter nos clients d'une information de pointe qui permettra d'enrichir nos connaissances. L'ASSTSAS n'endosse pas nécessairement le contenu des articles puisqu'un des objectifs est de trouver de nouvelles idées, de confronter ou de confirmer nos façons de faire.

Cinq ans avant l'ouverture du nouvel hôpital européen Georges Pompidou à Paris, une chambre « tous soins » a été conçue et expérimentée par le personnel de l'AP-HP. Mmes Brigitte Gautron et Annie Michel, ergonomes de la DACT, ont analysé les situations de travail et testé la fonctionnalité de cette chambre avec les services concernés.

 

Une démarche innovante

Le projet de l'hôpital européen Georges Pompidou a permis de mettre en place une démarche d'analyse de la fonctionnalité d'une chambre « tous soins » d'hospitalisation. En voici un résumé.

D'abord, des évaluations auprès d'utilisateurs, à partir d'une grille d'analyse, ont permis d'identifier les contraintes les plus fortes. Cette grille a été remplie par les différents professionnels sur leurs activités dans la chambre. L'exploitation des données a ensuite été réalisée en groupe pluridisciplinaire : par exemple, dix réunions de deux heures dans un service ont donné naissance à des propositions d'actions. Cette démarche favorise donc la confrontation des points de vue des différents acteurs de l'hôpital sur leur propre travail et le transfert de connaissances entre les services.

Des simulations du travail existant, d'abord sur plans, puis avec mannequin, mobilier et équipements médicaux, ont été enregistrées sur vidéo. L'analyse de ces enregistrements a mis en évidence des aspects positifs, mais aussi des contraintes qui sont utiles pour le projet. Ces simulations ont été complétées par une évaluation quantitative (avec l'utilisation d'une grille) auprès de quatre-vingts personnes de différentes catégories professionnelles.

 

Des résultats concrets qui « réinterrogent » les habitudes de conception hospitalière

Cette démarche permet d'obtenir des actions concrètes auprès des décideurs et des architectes : par exemple, dans un projet de restructuration d'un service de cardiologie, la simulation d'une situation d'urgence avec un malade qui présente un choc cardiogénique1 démontre notamment la nécessité de prévoir quinze prises électriques alors que le service Travaux n'en prévoyait que cinq. Si la vérification des besoins réels n'avait pas eu lieu dans ce cas, on peut se demander quelles conséquences auraient pu se produire pour la sécurité (risques électriques et incendie à la suite de l'utilisation de prises multiples) et sur la qualité des soins dispensés au malade. Cette étude démontre l'utilité, dans un projet de conception, d'intégrer le plus en amont possible une démarche centrée sur le travail réel avec la participation des différents professionnels de l'hôpital.

D'autres transformations ont eu lieu : des fiches techniques par local élaborées par les services Travaux ont été enrichies par les résultats de l'étude. De même, la rédaction de plusieurs cahiers des charges pour les futures chambres d'hôpital est en cours. D'ores et déjà, la DACT préconise des recommandations (encadré) pour les principaux critères « invariants » qui devraient être intégrés dès la conception d'une chambre d'hôpital « tous soins ».

Ces critères concernent des aspects architecturaux de la chambre (exemple pour une chambre à un lit) et des sanitaires : il s'agit des éléments « fixes » qui doivent être pris en considération dès le début d'un projet par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre.

Les recommandations des ergonomes de la DACT et plusieurs études récentes effectuées, notamment au CNRO (Caisse nationale de retraite des ouvriers du bâtiment), « réinterrogent » les références habituelles et officielles des hôpitaux publics en matière de conception : plus que la surface de la chambre, la profondeur (de la tête du lit au mur opposé) est un critère déterminant. Pour une chambre à un lit « tous soins », les ergonomes préconisent une profondeur d'au moins 3,90 m pour permettre une gestion flexible des espaces adaptée à une situation d'urgence (pour le passage de personnes et du matériel), à une situation de transport (soit en fauteuil roulant, soit en brancard), en tenant compte de la longueur du lit (2 m), du bandeau technique (profondeur : 5 à 10 cm), d'un espace de circulation au pied du lit (1,20 m pour les personnes et le matériel mobile) et d'un espace de rotation (de 0,50 m pour un fauteuil roulant).

En revanche, les choix actuels techniques et économiques impliquent une profondeur de 3,60 m. Pour tenir compte également des situations d'urgence (en cas d'arrêt cardiaque, par exemple) qui nécessitent autour du lit l'intervention de quatre ou cinq personnes et à la tête du lit, d'une ou deux personnes, un espace supplémentaire de 0,80 m est nécessaire à la tête du lit. De même, pour la surface des sanitaires, les études démontrent que la référence officielle de 4 m2 est insuffisante : l'espace recommandé devrait être d'environ 6 m2. Cet espace doit permettre notamment l'accès en fauteuil roulant pour une personne assistée et la rotation du fauteuil pour le transfert du fauteuil aux W.-C. et au siège de douche.

Des échanges organisés entre les différents acteurs de la conception hospitalière seraient utiles pour réduire les écarts actuels et aboutir à la construction de règles communes.

Recommandations pour les principaux éléments fixes2 à intégrer dès la conception d'une chambre d'hôpital « tous soins» »3

  • Surface minimale de la chambre à un lit : « zone lit » et partie « séjour » (en intégrant le mobilier fixe et mobile)

L'objectif est d'avoir un espace suffisant autour du lit pour permettre l'accessibilité des deux côtés pour les soignants : le lit avec un malade constitue un poste de travail pour les soignants.

  • Trois types de situation sont à prévoir :
    • situation d'urgence (quatre à cinq personnes peuvent travailler simultanément dans la chambre avec un accès à la tête du lit, avec un chariot d'urgence...) ;
    • situation des soins (l'équipement technique augmente) ;
    • transfert du malade avec l'aide d'une tierce personne du lit au fauteuil (et vice versa), du lit au brancard.
  • La DACT recommande :
    • une profondeur d'au moins 3,90 m pour une chambre (actuellement la référence officielle est de 3,60 m) ;
    • la porte de la chambre doit être d'une largeur minimale de 1,30 m pour le passage d'un lit avec des ridelles et des équipements médicaux ;
    • le bandeau technique : situé à la tête du lit, c'est le « mur technique » avec l'éclairage, les prises électriques, l'arrivée des fluides médicaux (oxygène, prise de vide...), la prise informatique...
  • Il convient de porter une attention particulière aux points suivants :
    • accessibilité pour le nettoyage (avec des conséquences sur l'hygiène et les risques d'infection nosocomiale) et pour la maintenance (pour certains bandeaux, il faut dévisser cinquante-deux vis pour le démontage) ;
    • nombre et positionnement des prises électriques et des prises de fluides (oxygène, prise de vide...), facilité de branchement (par exemple, un espace insuffisant entre deux branchements rend difficile une intervention en urgence) ;
    • le système d'appel des malades : signal lumineux et sonore, système de relais pour le personnel soignant ;
    • le mobilier : la profondeur de l'armoire doit être au moins de 0,40 m (pour y placer une valise), penderie, étagère accessible, système de sécurité ;
    • sol et parois : ils doivent être lavables et résistant aux taches de bétadine et à l'acidité du liquide gastrique, par exemple. Le sol doit être antidérapant et résistant au poids des charges. Au plafond, prévoir la possibilité d'intégrer des rails pour lève-personne ;
    • l'éclairage artificiel général : il ne doit pas être éblouissant. Il doit être facile d'accès pour la maintenance, sans gêner le travail des soignants ; un éclairage d'appoint (lampe articulée) pour effectuer les perfusions.
  • Les sanitaires (de la chambre) :
    • surface : plusieurs études récentes, notamment par des simulations du travail, démontrent que la référence actuelle de 4 m2 pour les sanitaires est insuffisante : l'espace recommandé est d'environ 6 m2. L'espace doit permettre l'accès en fauteuil roulant pour une personne assistée et la rotation du fauteuil pour le transfert du fauteuil aux W.-C. et au siège de douche ;
    • accessibilité au lavabo, robinets, miroir... : pour une personne assise en fauteuil roulant (pour permettre de conserver son autonomie) ou pour une personne aidée d'un soignant, ou encore pour une personne avec une jambe plâtrée ;
    • cuvette des W.-C. : prévoir l'évolution de deux soignants autour du malade (si nécessaire) ; une hauteur de cuvette de 45 à 50 cm (par exemple pour une personne avec une prothèse de hanche ou avec une jambe plâtrée) ; un système d'accroche pour perfusion, des barres de soutien ; une ventilation avec deux volumes par heure pour le renouvellement d'air ;
    • douche : prévoir l'assise du malade ; l'accessibilité des robinets et de la pomme de douche permettant aussi l'aide d'un soignant sans risque pour lui d'être mouillé ; l'évacuation de l'eau (pente) ;
    • porte des sanitaires : prévoir une largeur minimale de 0,90 m pour circuler avec un fauteuil roulant, avec un pied à perfusion, ou une seringue électrique, un drain...

 


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